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Richard Matheson était un géant de la littérature de science-fiction. Pour moi qui très modestement noircit du papier en m'essayant à ce thème à part de la littérature, Richard Matheson est un maitre. Il vient de disparaitre à l'âge de 87 ans des suites d'une longue maladie. Une grande longévité pour cet écrivain américain doté d'une imagination et d'une créativité incroyables qui marqua le siècle dernier de son empreinte de conteur hors pair et qui laisse à la postérité des dizaines de chefs d'oeuvre du genre.

Par ce petit mot, je tiens à lui rendre hommage pour tout ce qu'il a apporté à cet art si souvent décrié mais oh combien riche et majeur à mes yeux. Pour tout ce qu'il m'a apporté et appris aussi. Salut l'artiste!

 

J'ai découvert Richard Matheson au générique du film "l'homme qui rétrécit". J'ai également aperçu plusieurs fois son nom au générique ponctuant chaque épisode de la mythique série télévisée "La 4ième dimension". L'adaptation cinématographique du roman du maitre est passée à la télévision plusieurs fois dans les années 70. L'histoire de cet homme qui victime de rayonnements radioactifs voit peu à peu son corps rétrécir inexorablement sans qu'il y ait le moindre remède, résume tout à fait l'univers de Matheson. La science-fiction bien sûr point de départ du scénario de cette histoire mais aussi une réflexion plus profonde chère au philosophe Pascal sur les 2 infinis, l'infiniment grand et l'infiniment petit. Un autre thème souvent développé par Matheson est présent dans ce roman, la misère de la condition humaine (ici poussée à son paroxysme bien sûr) qui fait du héros une victime bouleversante et pathétique. Tous les héros de Matheson sont d'ailleurs pris dans un engrenage dont ils sont incapables de sortir. Ils affrontent ainsi les pires situations, parfois les plus invraisemblables, en victimes expiatoires avec l'espoir d'en sortir vainqueurs mais finalement toujours perdantes. Les héros de Matheson sont seuls aussi face à la souffrance et à la dure réalité de situations extrêmes qui les dépassent toujours.

 

J'ai dû acheter le roman dans la foulée et lire en la dévorant cette histoire dont j'avais vu la matérialisation sur mon écran de TV quelques jours ou semaines plus tôt. Cette première rencontre avec l'auteur m'a poussé à en connaitre plus sur son œuvre. Dans la foulée, j'ai lu "Je suis une légende" dont une version cinématographique pas très fidèle au roman est sortie au début des années 70 ou dans les années 60, je ne m'en souviens plus très bien, avec Charlton Heston dans le rôle du héros. Dans ce roman, le héros, seul survivant d'une épidémie ayant anéantie l'espèce humaine, livre un combat sans merci avec des zombies, mutants de la race humaine. Puis, j'ai enchainé. Le roman d'amour "Le jeune homme, la mort et le temps" nous transporte à travers le temps dans une impossible love story à la fois fantastique et pathétique. Ici, le héros, condamné par la médecine qui ne lui donne plus que 6 mois de vie, va vivre la plus incroyable histoire d'amour de tous les temps avec une femme...du passé. Dans ce récit, le fantastique ne réside pas dans l'apparition d'êtres monstrueux ou maléfiques mais bien dans l'accomplissement d'une histoire d'amour impossible entre un homme du 20ième siècle et une femme de la fin du dix-neuvième dont il a vu le portrait dans un hôtel. Toujours bien sûr, avec les mêmes ingrédients telle qu'une situation désespérée et hors du commun et un héros condamné par la science avec un brin de fantastique qui cette fois apporte de l'espoir à une situation des plus tragiques.

Et puis, j'ai acheté les recueils de nouvelles toutes plus brillantes les unes que les autres. Richard Matheson a certianement écrit les plus belles nouvelles du genre.

 

Matheson est avant tout un écrivain qui a réussi à mêler habilement les 2 genres un peu marginaux de la littérature, la SF et le fantastique. Dans ses romans comme dans bon nombre de ses nouvelles, l'univers du héros est assombri par un évènement stupéfiant issu tout droit du monde de la SF mais comme si cela ne suffisait pas, les créatures les plus abominables issues tout droit de l'univers du fantastique viennent très souvent pourrir la vie déjà pas facile du héros englué dans une situation des plus inextricables. Tel est l'univers de Matheson, tel est l'univers génial du maitre.

Matheson sait aussi utiliser l'absurde et la dérision pour régler ses comptes avec la société. Dans "l'homme qui rétrécit", ce sont les habits du héros qui devenant ridiculement trop petits préoccupe plus son épouse que la situation devenant désespérée de son mari. C'est aussi le combat mythique de l'araignée avec le petit homme armé d'une dérisoire aiguille de couture, pour une fois un combat nettement en faveur de l'araignée, a priori, mais qui verra quand même le petit homme l'emporter, grâce à son intelligence.

Dans "je suis une légende", la vision des mannequins habillés dans un grand magasin qui ne servent plus tellement à grand chose nous rappelle toute la futilité de notre monde.

Dans une de ses nouvelles, quand le héros se réveille un matin dans un monde où il n'existe pas, toute l'absurdité des petits détails de la vie quotidienne éclate au grand jour en occultant l'énormité de la situation qu'est entrain de vivre le pauvre personnage principal de la nouvelle. Et ainsi de suite, Matheson dénonce l'absurdité d'un monde moderne au travers de ses écrits comme un témoin de son temps, forcément critique. C'est cela aussi, être un écrivain de SF.

 

Alors, à celui qui réussissait dès les premières phrases à nous transporter dans un monde extraordinaire et exceptionnel dans tous les sens du terme, à celui qui nous conduisait mot après mot à découvrir l'incroyable - souvent horrible- vérité, à celui qui arrivait au bout d'un suspens intenable à nous tenir en haleine jusqu'au bout, en ne dévoilant la clé de son histoire ou de sa nouvelle qu'au dernier mot, pour toute son œuvre, je dis simplement bravo et merci!

 

Tag(s) : #Société

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