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L'homme irrationnel de Woody Allen: retour gagnant

Comme il en a pris la (bonne) habitude depuis une grosse décennie, Woody Allen revient cet automne avec SON film de l'année. "L'homme irrationnel" met à l'affiche Joaquin Phénix et l'actrice Emma Stone, déjà à l'affiche de son film de l'an dernier. Retour gagnant!

Faire du Woody Allen n'est pas donné à tout le monde...
Woody Allen est certainement le plus controversé des metteurs en scène de cinéma américains actuels. "Nul n'est prophète est son pays", un dicton qui se vérifie une fois de plus avec le génial septuagénaire qui ces dernières années est passé tout simplement d'après moi dans la catégorie des plus grands réalisateurs de cinéma à suspens et de thriller. Succès mitigé dans son pays les USA certes, mais franche et massive adhésion dans notre pays. Encore que, depuis le début de sa carrière, le fantasque Woody en a dérouté plus d'un -et même en France- avec ses films où les personnages centraux -toujours cocasses- en proie à des névroses profondes se mettent à se comporter singulièrement et à délirer au travers de monologues interminables en faisant le bonheur des spectateurs...Mais en vieillissant, l'homme qui osa se déguiser en spermatozoïde dans "tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais avoir osé le demander" a laissé ses personnages névrosés et ses scénarios délirants de côté en abandonnant ses comédies loufoques au profit de films plus sérieux, aux scénarios parfaitement bien ficelés, aux acteurs crédibles et aux histoires haletantes.

Un auteur, metteur en scène et comédien d'exception
Woody Allen est l'auteur, réalisateur -de moins en moins acteur- de ses films. Il est capable du meilleur ("Match Point") comme du pire ("Magic in the Moonlight ", pourtant affublé d'un deux "7 " bien flatteur dans le Télé-7-Jours de cette semaine). Disons tout de go, "L'Homme irrationnel" fait partie des bons crus de Woody. Très bon même, même s'il n'atteint pas le niveau d'un "Match Point", d'un "Manhattan" ou d'un "Midnight in Paris" qui restent selon moi parmi ses principaux chefs d'oeuvre. Très souvent teintés d'un humour juif New-Yorkais cynique et décapant, ses films autrefois interpellaient toujours le spectateur en le faisant sourire ou franchement rire parfois sur des thèmes touchant à sa grande passion: la psychanalyse. La métamorphose des films du génie new-yorkais est pourtant bien notable, surtout au cours de ces dernières années.
Jusqu'à cet "homme irrationnel" de 2015, rempli de fraîcheur et surprenant par bien des aspects. Exit la comédie et les outrances et bienvenue à la philosophie. Certains analystes ont noté cette métamorphose du génial Woody qui glisse doucement mais sûrement de la psychanalyse vers la philosophie. Tant mieux, personnellement, je le préfère dans ce registre-là.

Un petit bijou...qui fait réfléchir
Ce film retrace l'histoire d'un professeur de philosophie, mal dans sa peau qui trouve la guérison de tous ses problèmes psychologiques, affectifs et organiques (il devient même impuissant) dans l'immoralité la plus abjecte. Sans dévoiler les points clés de ce film, Woody Allen pose le problème dans ce film du mensonge et de la question des brebis galeuses de l'Humanité. Doit-on tout dire, tout avouer comme le préconise la philosophie Kantienne? En tout cas, la question est posée au début du film par notre professeur dépressif. Un Hitler ou un tyran responsable de la mort de plusieurs milliers de personnes doivent-t-il être purement et simplement éliminés pour rendre service à l'Humanité toute entière? Tel homme de pouvoir qui nuit à de pauvres gens, doit-il être supprimer pour atténuer les souffrances de ceux qu'il doit juger tout à fait normalement et légalement dans l'exercice de ses fonctions? Je dois dire que sur le moment, la question posée par Woody Allen m'a effectivement fait réfléchir sur la légitimité d'un tel acte, ou sur son illégitimité, c'est selon. Bon, mon opinion ne vous apporterait pas grand chose mais ce film a au moins cet avantage là, de nous faire réfléchir sur une question pas facile.

Woody Allen, on aime ou on n'aime pas....
Woody Allen est le type même de personnage que l'on aime ou que l'on hait. En clair, un homme pour lequel on ne peut rester indifférent dans tous les cas. Personnellement je suis fan, j'ai toujours trouvé en effet dans chacun de ses films, une bonne raison d'avoir été le voir. Et pour "l'homme irrationnel", c'est pareil. Mais, je comprends très bien tous ceux qui ne peuvent supporter le personnage et ses films. Toujours est-il que dans sa dernière oeuvre, j'ai retrouvé cette jubilation interne -qu'il m'est très difficile de retrouver je dois dire chez d'autres metteurs en scène et dans d'autres films- lorsque l'histoire incroyable du héros commence à s’enchaîner impeccablement dans un scénario d'une logique implacable. Woody est vraiment devenu avec le temps un maître incontesté et incontestable du thriller. Dans "l'homme irrationnel" aussi, j'ai retrouvé ce plaisir fantastique de suivre une histoire peu banale parfaitement interprétée par de bons acteurs qui se mettent au service d'un metteur en scène rempli de brio, auteur du scénario de son film. Cette sensation parfaitement agréable d'être emmené par le réalisateur dans son histoire, dans son délire et le pire, sans aucun problème d'aucune sorte. "Woody Allen, vous êtes un homme rare et je vous remercie pour ces excellents moments..." Voila, je l'ai dit...

Un film réussi
Alors, que retenir de cet "l'homme irrationnel"? L'histoire peu banale d'un professeur de philosophie moyen qui se retrouve au fond du trou et qui ne peut se relever qu'au prix d'un acte abominable, tout d'abord, c'est certain. Ensuite, les prestations plus qu'honorables de bons acteurs comme Joachim Phénix et Emma Stone, plutôt crédibles dans leurs rôles respectifs. Un scénario, cela devient décidemment une habitude chez Woody Allen, d'une inspiration et d'une précision remarquables -voire diaboliques- qui rend l'histoire tout à fait plausible. Un film réussi donc, il n'y a aucun doute là-dessus. Et au bout des 95 minutes et quelques, la sensation d'avoir passé un bon moment de cinéma. Que demander de plus? A voir et à revoir.

Tag(s) : #Cinéma

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