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Le gouvernement vient de proposer la nouvelle carte des régions françaises. Le moins que l'on puisse dire c'est que les critiques sont loin d'être finies quand on observe l'allure de certaines nouvelles régions. Bonne ou mauvaise décision, c'est à chaque citoyen des régions de se prononcer.

Hier encore, tout semblait très clair...


Je me souviens d'un temps pas si lointain d'ailleurs où un Marseillais ou un Rennais était particulièrement fier d'être de sa ville. Capitale de son département, sa ville bien-aimée était reconnue partout dans la France entière grâce aux 2 chiffres de son département apposés sur la droite des plaques d'immatriculation de sa voiture 12344 XXX 13 ou 35 ou 75.

Je me souviens de notre petit jeu favori à mon frangin et à ma petite sœur lors des départs en vacances sur toutes les routes et autoroutes de l'hexagone. Notre petit jeu consistait ni plus ni moins qu'à réviser notre géographie et nos départements à travers la lecture du numéro de plaques des voitures qui nous croisaient sur la route des vacances. Ces numéros étaient pour nous synonymes des grandes villes de France, Paris pour le 75, Marseille pour le 13, Lyon pour le 69, Rennes pour le 35, Lille pour le 59 etc, etc...

Après à l'école, on nous expliquait bien que Marseille (j'étais à Marseille à l'époque) était non seulement la capitale du département des Bouches du Rhône mais représentait encore plus que cela. C'était la capitale de toute une région, la Provence en l'occurrence avec son Histoire millénaire, ses traditions et ses valeurs séculaires. En résumé, la ville, le département et la région, tout était bien clair et net dans nos petites têtes d'enfant, la même chose pouvant s'appliquer à toutes les grandes villes des autres régions, l'ensemble faisant partie intégrante de notre pays, la France. Mais que s'est-il passé depuis toutes ces années? La France s'est fondue dans l'Europe qui elle aussi s'est progressivement perdue dans la mondialisation. A force de diluer, que reste-t-il de nos racines et de nos découpes administratives? Plus grand chose, à vrai dire ou plutôt si, un vieux machin à réformer.

Les régions ou le sentiment d'appartenance à une communauté de valeurs, d'Histoire et de patrimoine commun


Un pays se construit pour un peuple par rapport à un sentiment justement d'appartenance à une communauté d'Histoire, de valeurs et de patrimoine commun. A l'échelon en dessous, celui de la région, cela doit être la même chose, l'ensemble des régions formant le pays.

Il y a forcément du sens à un Provençal de se revendiquer de sa Provence, comme un Alsacien pour son Alsace, un Corse pour sa Corse ou un Breton pour sa Bretagne. Et partant de là, il y aurait forcément quelque chose de gênant à inclure un bout de la Lorraine avec la Bourgogne pourtant située pas très loin géographiquement comme d'intégrer une partie de la Normandie à la Bretagne.

Les régions ont à l'origine des réalités géographiques et historiques; aussi contrarier ces origines, c'est forcément construire de l'arbitraire un brin contre-nature. J'ai bien peur que c'est ce qu'on est entrain de vivre en ce moment pour un certain nombre de nouvelles régions créées administrativement et basées sur pas grand chose de concret finalement.
Acoller l'Alsace à la Lorraine même si les 2 régions ont été (malheureusement) souvent liées par l'Histoire, c'est peut être créer un ensemble un peu trop hétéroclite et en tout cas n'ayant plus rien à voir avec l'Histoire, fondement du creuset régional ou national. Que dire aussi de la super méga région composée du Poitou-Charentes, du Limousin et du Centre? Aller trouver des points communs entre un habitant de Tours et un Charentais relève de l'exploit. A l'autre bout, l’île de France et sa création complètement artificielle datant de l'ère moderne, représente un ensemble de plus de 10 millions de personnes liées sur pas grand chose d'autre que la proximité de la capitale finalement et pourtant, on n'y touche pas.

Fort heureusement, la Normandie redevient une région unique et la Corse, la région PACA, le Nord Pas de Calais, la Bretagne et l'Aquitaine demeurent inchangées. On ne peut pas en dire autant de régions agglomérées comme l'Auvergne et Rhône Alpes, l'Alsace-Lorraine, la Bourgogne-Franche Comté ou la Champagne-Ardennes-Picardie. On a déjà vu dans le passé, des pays constitués artificiellement comme la Yougoslavie ou la Tchécoslovaquie. L'Histoire nous a montré que l'on ne pouvait pas forcer les peuples qui ne le souhaitaient pas à vivre sous la même bannière. Bien sûr ce ne sont que des régions mais la dynamique et l'envie d'un destin commun sont importants et il vaut mieux se sentir bien ensemble pour envisager un avenir commun, fusse-t-il modestement régional. Couper la région de ses racines historiques semble pour le moins bien hasardeux et pourrait déboucher même sur un certain désintérêt de la part des habitants concernés avec le temps, à moins qu'ils n'y voient un intérêt qui pour l'instant m'échappe complètement.

Quand l'intérêt économique prend le dessus sur le reste


Lorsque j'étais jeune et que l'on jouait au foot et qu'il fallait former les équipes, on nous expliquait qu'il fallait équilibrer les forces en présence en répartissant au mieux les joueurs les plus forts entre les 2 équipes. En Europe, il est très difficile à certaines de nos régions actuelles de rivaliser avec des régions très fortes économiquement et industriellement comme les régions allemandes, certaines régions scandinaves, espagnoles ou italiennes. C'est le principal argument en faveur d'une recomposition de nos régions. On peut comprendre bien sûr ce besoin de reconsidération des rapports de force au niveau notamment de l'impact économique et du rapport de force nombre d'habitants-capacité de production de richesses.

Mais le découpage administratif français reste bien compliqué. Avec les couches qui se superposent plus qu'elles ne se complètent des administrations cantonales, municipales, départementales et depuis peu régionales, il y a de quoi y perdre son latin. Et que dire des doublons inexorablement provoqués par ce cocktail administratif aux allures d'une usine à gaz? Il y a surement à économiser d'une rationalisation de la carte administrative de ce coté là.


Alors, nouvelles régions, bonne ou mauvaise décision? Même si on comprend l'intérêt de reconsidérer certaines de nos régions actuelles et de donner plus de poids aux plus faibles, c'est plus sur la carte de certaines nouvelles régions proposées que viennent les soucis. On ne bâtit pas une identité régionale artificiellement, celle-ci se construit au contraire avec les siècles et le temps qui passe avec l'adhésion naturelle de ses habitants. Et rien d'autre.

Tag(s) : #Géographie

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