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Une plaie ancienne qui ne s'est pas encore complètement refermée

L'autre jour, j'ai regardé les premiers épisodes de la série sur la grande guerre, apocalypse: la première guerre mondiale. Ce documentaire composé exclusivement d'images d'époque est très attendu par le grand public en cette année où nous célébrons le centenaire du début de la guerre de 1914-18. Alors, j'attendais, moi l'amateur d'Histoire, avec impatience le début d'une série annoncée à grand fracas de publicité et longtemps à l'avance comme un événement télévisuel à ne pas manquer. Le moins que je puisse dire c'est que je n'ai pas été déçu par le premier épisode. Le premier mot qui me vient spontanément à l'esprit, c'est le mot étonnant!

Des esprits et des cœurs de Français marqués au fer rouge


Les historiens lorsqu'ils évoquent ce conflit lui accordent un statut un peu spécial au Top 50 des guerres. Plus que l'ampleur d'un conflit qui fit quand même plus d'une dizaine de millions de morts, le double de mutilés à vie, quasiment autant de veuves ou d'orphelins et qui mena à une confrontation internationale généralisée ravageant paysages et campagnes situés au nord et à l'est de la France, c'est surtout sur le plan affectif que ce conflit sanglant reste dans la mémoire collective des Français. La preuve, un siècle plus tard, le souvenir de la grande guerre est encore prégnant dans tous les esprits, preuve du profond sillon laissé par les atrocités de ce conflit dans le cœur et la mémoire des Français.

Chaque Français garde en effet secrètement dans un coin de sa mémoire le souvenir de l'un de ses aïeuls qui a combattu valeureusement et dans des conditions souvent dantesques dans les tranchées. Le traumatisme de la Nation a été tel que les gens de ce pays se sont racontés de génération en génération l'enfer de Verdun ou du Chemin des Dames vécu par leurs ancêtres. Et aujourd'hui encore, le souvenir de ce conflit est encore vivant chez les personnes de la troisième génération. Avec près de 1,5 millions de morts, la France a payé un lourd tribut. Il n'est pas un village en France qui ne porte les stigmates de la grande guerre, il suffit de s'approcher de la stèle de la mémoire située sur la grand'place et de lire les noms des disparus.

Un regain d'intérêt qui passe par la technique


Lorsqu'il y a quelques années, on nous montrait des films sur la guerre de 14, c'était inexorablement pour nous ressortir de vieilles images produites par les services de communication des armées ou bien par les actualités cinématographiques de l'époque. Ces images en noir et blanc et accélérées à cause de la technologie du moment, tout le monde les a en mémoire.

Lorsqu'on évoque la grande guerre, certains stéréotypes en effet comme la guerre de tranchées, les poilus aux conditions sanitaires très précaires, les gaz de combat mortels et les grandes offensives meurtrières reviennent immanquablement à l'esprit. Dans tous ces plans montrant des tranchées boueuses enveloppées de fumées blanches provenant des explosions d'obus par dizaines, ces petits soldats, frêles êtres humains se déplaçant rapidement et de manière saccadée comme des fourmis, avaient une allure bien irréelle. Ces images de par leur qualité technique extrêmement sommaire estompent quelque peu le côté dramatique de situations pourtant très fortes qu'elles relatent. Pire, elles ont tendance à reléguer les atrocités imprégnées sur la pellicule au rayon d'images de second ordre, définitivement rangées dans les tiroirs de l'Histoire, en enlevant nettement de leur authenticité et pourquoi ne pas le dire une grande partie de leur force. En résumé, la combinaison du noir et blanc et des images accélérées donne à cette guerre un aspect vieillot tout en gommant presque toute son authenticité.

En restaurant et en colorisant les images du passé, les techniciens d'aujourd'hui ont réussi à redonner une vie à ces films en restituant une âme quelque peu escamotée. L'utilisation de la couleur y est certainement pour beaucoup. Le rétablissement de mouvements plus lents redonne aux gestes et aux attitudes humaines leur naturel perdu. C'est assez spectaculaire de revoir ces images qui d'un seul coup retrouvent toute leur véracité et parfois même toute leur gravité. Les traits des visages soudain ressuscités retrouvent leurs émotions d'origine, exprimant tantôt de la joie ou de la tristesse et d'autres fois, plutôt de la colère ou de la résignation. Par une incroyable alchimie, les techniciens de l'audiovisuel sont arrivés à redonner leur vraie nature à des images bien singulières que l'on croyait figées à jamais dans le marbre de l'Histoire.

Les origines d'une boucherie


Le documentaire revient sur les causes du conflit. Il présente quelques figures historiques de l'époque responsables de ce qui allait être l'un des conflits les plus sanglants de l'Histoire de l'Humanité.

Pourtant -et le film le montre bien- les dirigeants des principaux pays, futurs belligérants, sont loin d'imaginer l'ampleur que va prendre le conflit qu'ils mettent pourtant comme un malin plaisir à allumer. Manque de discernement? Fierté mal placée? Honneur porté bien haut? Risques sous évalués? Il y a sans doute de tout cela dans le comportement de ces monarques et de ces gouvernants qui ont fait l'Histoire.

Mais à l'arrivée, la postérité ne retiendra qu'une poignée de monarques imbus de leur personne ont par orgueil et par fierté personnelle provoquer l'une des guerres les plus meurtrières de l'Histoire. Une véritable boucherie. Et encore la viande sert à nourrir les être humains que nous sommes. Au cours de la guerre de 14, le sang des victimes n'a fait qu'abreuver une terre qui n'en avait nul besoin.

Alors, la caméra a beau nous montrer les visages réjouis et sûrs d'eux mêmes de Nicolas II, Guillaume II ou de Georges V à la veille de l'assassinat du neveu du mari de la légendaire impératrice Sissi -tiens, tiens, quand la réalité rejoint la fiction-, futur prétendant au trône de l'artificiel empire austro-hongrois, tous membres de la même famille royale d'ailleurs, rien n'y fait.

Le cauchemar qui va succéder à ces moments de circonvolutions diplomatiques et de démonstrations de force laisse bien aux spectateurs encore aujourd'hui comme un goût amer. Pourtant, on note au passage de la gravité dans le regard de Nicolas II, le tsar de toutes les Russies, comme s'il présageait le pire mais sans pouvoir toutefois faire machine arrière car c'eut été assurément perdre la face. Même sentiment bizarre dans le regard fuyant de Georges V, le monarque anglais régnant sur un empire britannique qui s'étale sur les 5 continents. Et cette photo de famille réunissant quasiment tous les grands monarques d'Europe sur le même cliché avec l'immense reine Victoria trônant au centre de l'image immortalisant l'instant. Il y a un mélange de mépris et d'indifférence dans le regard de cette matriarche qui a engendré ou été à l'origine de la naissance de toutes ces têtes couronnées d'Europe, surtout -et cela crève véritablement l'écran- vis-à-vis de son parent, placé à sa droite, le roi de Prusse Guillaume II.

Comme un remake de la guerre mythologique que se livraient les Dieux grecs de l'Antiquité, les monarques du début du siècle sont en train de jouer entre eux avec le feu. Ils le savent mais pourtant personne ne va céder. Jusqu'au pire. L'abominable. Jusqu'à l'apocalypse.

Des images devenues de l'Histoire


Les images de Paris en couleurs au début du siècle dernier sont un véritable régal. Scènes de la vie ordinaire piquées au hasard dans les rues de la capitale, ces bribes de vie quotidienne des Français sont devenues de véritables pages d'Histoire avec le temps. On découvre le Paris de 1914 mieux que ce que l'on peut imaginer en tenant compte de tout ce que l'on a appris.

On voit évoluer les gens dans leur travail, dans leur vie quotidienne, on redécouvre les tenues vestimentaires de l'époque, on remarque parce que cela crève littéralement l'écran que les engins à moteur ont peu à peu envahi le paysage de la capitale en remplaçant progressivement les attelages de chevaux sans toutefois les supprimer encore complètement. Comme une ville muant qui n'a pas tout à fait terminé sa métamorphose. Les réclames de produits sur les grandes affiches sont déjà omniprésentes dans le paysage urbain. Bref, Paris a déjà des allures de capitale moderne, il y a ...un siècle.

Et puis, il y a cet effet intrusif de la caméra. Les sourires et les poses de circonstance sont en effet partout sur toutes les images, par fierté bien sûr pour ces personnes prises au hasard d’apparaître sur un film mais aussi pour rassurer le public que tout le monde va bien malgré la gravité de la situation.

Je reste littéralement scotché par ce premier volet intitulé "1. FURIE". La qualité des images est tellement bouleversante de vérité et d'émotion que j'en suis bluffé. Ce documentaire démarre vraiment bien, et je ne peux bien sûr m'empêcher de regarder le second volet "2.Rage" qui va décrire les premiers temps forts de cette guerre, dans la foulée.

Tag(s) : #Histoire

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