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Une grande et belle leçon de vie

Pour tous les gens de ma génération qui ont vécu en direct la naissance et l'expansion d'une épidémie virale meurtrière, celle du Sida, un film comme «Dallas Buyers Club» ne peut laisser indifférent. Le thème, bien sûr, mais aussi et surtout le fait que les faits relatés et qui se sont déroulés lors de sa jeunesse passent tout à coup et sans que l'on s'en aperçoive vraiment tout simplement dans la rubrique Histoire. Et puis, il y a les souvenirs douloureux pour certains d'avoir perdu un proche, un membre de sa famille ou simplement une personne médiatiquement connue à cause de cette p... de maladie.

Je dédie cet article à toutes les victimes du SIDA.

Le thème du film


Un texan déclaré séropositif à l'issue d'un rapport hétérosexuel non protégé décide de mener le combat pour sa survie et pour celles de tous ses compagnons d'infortune en se lançant dans le business de remèdes non conventionnels de la maladie du SIDA et ce, contre l'avis de la puissante administration américaine de la FDA.

Le réalisateur et les acteurs


Le metteur en scène du film est un canadien de cinquante ans, Jean-Marie Vallée. Jamais entendu parler avant ce film. Oh, je ne suis pas un expert en cinéma mais avec le temps, lorsqu'on est cinéphile, on commence à se faire dans la tête une petite liste de grands noms de ce milieu, à la fois des acteurs et des réalisateurs. Mais, là, force est de constater que je n'ai jamais entendu parler de ce metteur en scène québécois. Pourtant, quelques recherches sur Google plus tard, m'apprennent que ce metteur en scène a signé il y a cinq ans un film sur la jeunesse de la reine Victoria, dont le titre me dit vaguement quelque chose. «Les jeunes années d'une reine» avec Emily Blunt, qui fut même nominé aux oscars, c'était lui.
Les critiques disent que son troisième film, «Liste noire» en 1995 a connu un certain succès au Québec qui lui a valu d'être repéré par les grandes maisons de production d'Hollywood. C'était pour lui le début d'une carrière cinématographique, jusqu'à ce film, pour le moins assez confidentielle. Nul doute qu'après avoir signé celui-ci, sa vie va commencer à changer.

Le rôle principal est incarné par Matthew Mac Conaughey. Et là, pour moi, pareil que pour le metteur en scène, j'en avais jamais entendu parler auparavant. J'ai poursuivi mes recherches après avoir vu le film pour me rendre compte que cet acteur américain avait déjà une vingtaine d'années d'expérience derrière lui. Il est surtout connu pour avoir joué dans les années 2000 dans des comédies légères de série B aux côtés de Jennifer Lopez ou de Sarah Jessica Parker.
Bref, rien de bien folichon à se mettre sous la dent, jusqu'à son rôle de Ron Woodroof dans «Dallas Buyers Club». Et, là, j'ai été bluffé par la prestation de cet acteur,comme je suppose pas mal de spectateurs ayant vu ce film. Matthew Mac Conaughey est littéralement entré dans la peau de son personnage comme on le ferait dans un vêtement en peau moulant qui épouserait parfaitement tous les contours de la silhouette. Plus que du prêt à porter, du sur-mesure en quelque sorte, pour un comédien véritablement transcendé par son rôle. Il suffit de voir la photo de l'acteur en temps ordinaire et celle du son personnage dans ce film, pour s'apercevoir que Mac Conaughey s'est glissé dans la peau de Woodroof sans faire semblant, avec une sincérité et une justesse énormes. Woodroof fait peur à voir avec son visage émacié, ses traits tirés et sa silhouette squelettique. Il aurait perdu une vingtaine de kilos pour ce rôle. Méconnaissable. Et pourtant le personnage est criant de vérité et de justesse. Une grande prestation donc de la part d'un acteur jusqu'ici abonné aux rôles secondaires.

Et que dire de celle de Jared Leto en travesti plus vrai que nature? Époustouflante également. Acteur comme Mac Conaughey de films secondaires jusque là, Jared Leto signe dans ce film avec le rôle du travesti atteint du virus du SIDA du nom de Rayon, un rôle de composition tout à fait saisissant et contrairement à ce que l'on pouvait penser au départ, très émouvant et en rien choquant.

L'héroïne du film, Jennifer Garner, dans le rôle d'une jeune femme médecin est également à souligner. Elle incarne un docteur lucide et humain contrastant avec ses pairs. Sa métamorphose intellectuelle sur la maladie qui se traduit par une évolution vestimentaire est tout simplement bien vue par le réalisateur JM Vallée.

L'histoire


A Dallas, Texas, en 1985, Ron Woodroof mène une vie de célibataire assez dissolue entre son travail d'aide-électricien et ses passions à la limite de la légalité comme la prise de paris sur le rodéo. Un jour, victime d'un accident de chantier, il est conduit à l'hôpital où les médecins découvrent qu'il est séropositif et a même un SIDA déclaré. Le médecin chef lui donne 30 jours à vivre. Refusant la fatalité, Ron décide de se battre et de se soigner. Loin de recueillir l'aide et la solidarité de ses proches, l'homme va connaître au contraire un rejet de leur part dû à la peur de la contagion au virus.

Dans sa lutte contre la maladie, Ron Woodroof va devoir se familiariser avec les différents traitements de la maladie. Mais à l'époque, seul l'AZT est un remède disponible et prescrit légalement . Mais il n'est distribué que de façon limitée par les médecins. Or, ce médicament a des effets secondaires dévastateurs sur l'organisme. Et peu de gens sont au courant. Sur les conseils d'un infirmier qui ne peut plus lui fournir moyennant finances son AZT, Ron Woodroof se rend au Mexique pour s'approvisionner chez un médecin interdit d'exercer aux Etats-Unis. Là, le médecin lui apprend que non seulement l'AZT est peu efficace contre le SIDA mais a des effets secondaires terribles sur l'organisme. Il prescrit au contraire aux malades du SIDA présents dans son dispensaire des vitamines et des acides aminés naturels pour stimuler les défenses de l'organisme.

Ron va prendre ces remèdes naturels et se sentir rapidement beaucoup mieux. Sentant la bonne affaire, il décide de revenir au Texas avec une grande quantité de ces médicaments -illégaux aux États-Unis pour le traitement du SIDA mais substances cependant non interdites- en se faisant passer pour un prêtre.

A l'hôpital, il rencontre un travesti, Rayon, cobaye volontaire pour les tests humains sur l'AZT. Ron décide de l'engager pour l'assister dans son nouveau business qu'il décide de créer, le Dallas Buyers Club. Moyennant une cotisation de 400 dollars, chaque malade peut s'approvisionner en médicaments alternatifs. Très rapidement, les 2 hommes deviennent amis malgré leurs différences.

Le succès des substituts de l'AZT est foudroyant. La communauté homosexuelle, principale victime du SIDA à l'époque va contribuer fortement à ce succès commercial. Les mois passent et Ron, toujours en vie malgré une santé précaire et des hauts et des bas, fait des va-et-vient pour s'approvisionner dans les pays où les remèdes permettant de lutter efficacement contre les effets du SIDA sont en vente libre. Mais, bientôt, Ron va se heurter à la puissante administration américaine, la FDA, qui contrôle l'autorisation de mise sur le marché des médicaments. Sous l'influence des grandes compagnies pharmaceutiques, la FDA va s'intéresser sérieusement à ses affaires. Réussira-t-il à faire plier la puissante organisation et faire reconnaître les vertus des médicaments naturels alternatifs?

Mon avis


Ce film est une histoire vraie, celle de Ron Woodroof, dont le destin va basculer brusquement au milieu des années 1980 lorsqu'il découvre qu'il est séropositif.

Jean-Marie Vallée signe avec «Dallas Buyers club», un film magnifique et réussi sur le combat acharné d'un homme victime d'une maladie incurable, le SIDA. Le film qui dure pourtant près de 2 heures est rondement mené, à un rythme soutenu sans qu'il n'y ait pourtant beaucoup de scènes spectaculaires ou d'actions. Il y en a d'ailleurs aucune.

Vallée traite avec beaucoup de pudeur des situations humaines délicates dont certaines sont particulièrement dramatiques et douloureuses. Il arrive à s'en sortir en gardant toute sa lucidité par rapport à la gravité des évènements sans tomber dans le sentimentalisme ou la pitié. Son film est particulièrement bien conçu, bien construit et parfaitement bien interprété par des acteurs étonnants. Quasiment un sans-faute. Ce film n'est pas loin d'être pour moi un grand film. Et ce, avec un petit budget de 5,5 millions d'euros. Comme quoi, pas besoin d'avoir un budget astronomique pour réussir un bon film, la preuve!

Il y a beaucoup de thèmes abordés par Vallée dans ce film. Tout d'abord, celui des comportements des médecins et de la société américaine en général devant le développement galopant de l'épidémie du SIDA au milieu des années 80. Le film montre bien un corps médical complètement pris de court par un nouveau virus tueur extrêmement contagieux et des moyens de lutte contre le virus quasiment inexistants. L'attitude d'ailleurs des médecins et de la FDA, arcboutés sur le seul médicament disponible à l'époque, l'AZT, pose vraiment problème. Même si -et le film nous le montre bien- on peut comprendre les autorités médicales et la FDA dans leur volonté pour les uns de conduire des tests cliniques pour mesurer l'efficacité -alors inconnue- de l'AZT- et des autres d'interdire tout médicament n'ayant pas suivi les bonnes procédures de validation, on peut quand même s'interroger sur l'aveuglement de certains médecins de l'époque pour prescrire à leurs patients un produit qu'ils savaient toxiques et dangereux. Il y avait urgence, certes, et les malades avaient absolument besoin de remèdes ne serait-ce que pour leur moral personnel, mais quand même!

Le second thème abordé par le film est celui de la peur conduisant à l'exclusion d'une société confrontée à un mal inconnu. Ceux qui ont vécu cette époque se rappellent parfaitement bien de la psychose collective qui s'était emparé des gens lors de l'apparition de la maladie. On connaissait très mal le virus et les gens pensaient qu'ils pouvaient chopper le SIDA rien qu'en serrant la main d'un séropositif ou bien en recevant un postillon de salive. D'où la peur et l'exclusion des malades et des contaminés. Celles des pestiférés et des êtres malsains à tenir absolument à l'écart.

Un autre thème abordé est celui de l'absurdité des préjugés car avant d'être séropositif, Mac Conaughey, était un cowboy homophobe. La maladie et le fait de côtoyer des homos lui ont complètement ouvert les yeux et fait changer son comportement vis à vis d'eux en basculant brusquement dans l'autre camp.
Enfin, le thème universel du combat effréné du condamné à mort pour sa survie est abordé sous l'angle de la prise de responsabilités, de l'action dans le business et de l'entraide. C'est cela aussi qui fait l'originalité de ce film.

Globalement, le film de Vallée est très réussi. On voit tout au long du film le caractère du personnage campé par Matthew Mc Conaughey se transformer. D'abord, exécrable et irresponsable, Woodroof devient petit à petit humain, assumant parfaitement sa maladie et les responsabilités.

Finalement, «Dallas Buyers Club»est un très grand film sur le SIDA que je recommande vivement. Du grand cinéma, tout simplement.

Tag(s) : #Cinéma

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