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Spielberg à cheval entre l'Histoire et le conte humaniste

"Cheval de Guerre", de Steven Spielberg. Le nom du plus célèbre producteur/metteur en scène d' Hollywood actuel au générique d'un film est plus qu'un gage de qualité. C'est comme un sésame pour le cinéphile, une invite pour les assoiffés d'aventures cinématographiques en tout genre ou au moins une incitation au rêve pour les petits et les grands en cette période de fêtes de fin d'année.

Pourtant, le résumé et le titre du film ne font guère rêver, même pour un cinéphile avec des enfants, notamment pendant la dernière semaine de décembre. Pensez, l'histoire d'un cheval en pleine première guerre mondiale. "Bof, ça se trouve ils vont nous refaire le coup du petit cheval blanc de Brassens ou pire, le remake de Stewball, la chanson de Hugues Aufray".

Et bien non, chers amis Ciaonautes, Spielberg n'est pas tombé dans le piège, même si pour être tout à fait honnête, ce film a tout du mélo américain avec ses clichés dont le rôle principal a été confié à un véritable équidé que l'on affuble volontiers du qualificatif de" plus belle conquête de l'homme".

Le pitch


Un paysan du Devon en Angleterre à l'aube de la première guerre mondiale fait l'acquisition d'un jeune et magnifique cheval, Joey, qu'il destine au travail des champs.
Il le confie à son fils Albert pour le dressage, lequel se heurte très vite à la réticence de l'animal pour le genre de travaux auxquels on le destine, le labourage de terres agricoles.

Lorsque le conflit démarre, l'armée britannique ratisse la campagne anglaise pour constituer ses réserves en montures. Le père, en manque d'argent et visiblement peu satisfait de sa nouvelle acquisition, décide alors de vendre Joey à la cavalerie anglaise, au grand dam de son fils Albert qui a pu déceler au cours du dressage dans son cheval à la fois d'énormes possibilités physiques mais également une intelligence exceptionnelle.

Le film retrace ensuite la fantastique épopée d'un cheval hors norme, embourbé dans l'enfer d'une guerre d'une férocité et d'une imbécilité sans noms. Notre cher héros à 4 pattes passe d'un camp à l'autre sans toutefois améliorer son sort.

Heureusement, la happy end à l'américaine viendra illuminer le sort dramatique de notre cheval tout en redonnant confiance en l'être humain, sentiment que le spectateur avait complètement évacué au fur et à mesure du film.

Le metteur en scène & les acteurs


On ne présente plus Spielberg. Le metteur en scène d'E.T., des Indiana Jones ou de la liste de Schindler, signe avec "Cheval de guerre" un très beau film sur la guerre de 14 et sur des acteurs méconnus de ce conflit, les chevaux. Sans être un chef d'œuvre, la saga du cheval anglais dans l'enfer de la première guerre mondiale est de très bonne tenue. Grâce au talent du metteur en scène qui a su soigner notamment la photographie du film, "Cheval de guerre" met particulièrement en valeur l'animal cheval par des prises de vue, des gros plans et parfois de magnifiques scènes au ralenti.

Dans ce film, Spielberg n'a pas fait appel à des stars du cinéma américain. Il s'est servi au contraire principalement de bons comédiens britanniques pour son casting. Et ces acteurs jouent juste en donnant au film de l'authenticité et un certain réalisme. Comme le jeune Jérémy Irvine, émouvant dans le rôle du fils Albert, attaché à son cheval. Ou encore Emily Watson dans celui de la mère ou Peter Mullan, dans celui du père. Les acteurs ne sont pas très connus. Ils incarnent des personnages peut être sans grande envergure mais les interprétations sont solides et plutôt réussies.

Signalons dans un second rôle, l'acteur français Niels Arestrup, convaincant dans son rôle de grand-père français, victime d'une guerre particulièrement épouvantable.
Pour terminer, il faut signaler la remarquable interprétation du cheval Joey bien mis en scène et remarquablement bien filmé par Spielberg.

Le cheval dans la grande guerre


Avant la première guerre mondiale, les soldats se servaient des chevaux comme "véhicules" dans les guerres entre les hommes. Avec les cavaleries, véritables forces de frappe des armées anciennes, le rôle du cheval dans la guerre était très important. Avec l'avènement de la guerre moderne et des nouvelles technologies utilisant les moteurs à essence ou au fuel, les chevaux ont été progressivement remplacés par des véhicules à moteur et des engins blindés.

Avec la guerre de 1914, les chevaux ont livré leur dernière bataille puisque les nouvelles stratégies de la guerre moderne ont progressivement condamné la cavalerie. Mais les chevaux ont continué toutefois à servir dans la logistique, le transport des blessés et des approvisionnements. Ils ont d'ailleurs payé un lourd tribut pendant cette guerre puisque d'après les spécialistes plus d'un million d'entre eux y a laissé la vie en succombant aux tirs des mitrailleuses meurtrières, aux gaz chimiques de combat ou aux éclats d'obus. Spielberg a voulu leur rendre hommage dans ce film, en les traitant d'égal à égal avec les hommes et en montrant leur souffrance au même titre que celle des hommes.

Mon avis


"Cheval de guerre" est un titre peu avantageux pour un film qui aurait certainement mérité un intitulé un peu plus sexy, en tout cas plus approprié. Un mauvais point donc aux distributeurs français de l'œuvre.

Ce film a l'immense mérite de nous présenter quelques scènes de batailles typiques de la grande guerre admirablement filmées par Spielberg. La première charge de la cavalerie britannique contre un camp allemand quelque part dans le nord de la France est le premier grand moment du genre. Les scènes de batailles dans les tranchées de la Somme sont aussi parfaitement reconstituées avec des décors hyper réalistes. Pas trop d'hémoglobine, tant mieux, car dans ce genre de film, il n'est pas rare en effet de voir des flots de sang envahir l'écran inutilement!

Quelques petites critiques tout de même à formuler. D'abord l'histoire elle même. L'épopée improbable de ce cheval qui se retrouve tour à tour enrôlé par les anglais puis récupéré par les allemands avant de repasser dans son propre camp est un peu abracadabrante, il faut bien le reconnaitre. Même si, tout le monde l'aura compris, "Cheval de guerre", Pouah, -décidément je n'aime pas ce titre- est un conte philosophique montrant combien la guerre peut être dévastatrice et pas seulement pour les humains et en tout point cruelle aussi pour les animaux.

Spielberg nous montre la souffrance du cheval qui n'est pas moins forte que celle de l'être humain. C'est je pense que le principal message du film. Ce long métrage est également un conte humaniste car sans en dévoiler la fin, il fait passer quelques messages sur l'absurdité des guerres bien sur mais aussi sur les comportements humains.

Les beaux gestes et les beaux sentiments sont bien sur présents comme dans la plupart des films américains du genre mais ça, on pouvait bien s'y attendre au départ. Et curieusement, ils sont plus nombreux du coté du cheval que du coté de l'être humain comme cet acte de bravoure de notre brave cheval envers un compagnon d'infortune qui prend sa place pour pousser "la grosse Bertha" car il le sent trop faible pour cela !

On connaissait le motif de la trêve de Noël pour arrêter momentanément le conflit de 14-18, de nombreux réalisateurs l'ayant porté à l'écran. Avec ce film, on en découvre un autre, assez inhabituel mais en tout point magnifique, d'un point de vue symbolique.


En conclusion, j'ai passé une bonne soirée l'autre soir devant "Cheval de guerre". C'est après tout l'essentiel et l'objectif n°1 d'un film de divertissement. Les amateurs d'Histoire avec un grand H risquent toutefois d'être un peu déçus car ce film est avant tout un conte philosophique et humaniste, de faible portée historique.
En étendant la célèbre phrase de Jacques Prévert «Quelle connerie la guerre!» aux chevaux, l'absurdité des conflits armés est en quelque sorte renforcée et universellement entérinée des hommes aux animaux. C'est dit!

Tag(s) : #Cinéma

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