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Le livre d'éli ou la société peut-elle vivre sans loi?

J'avais loupé la sortie officielle de ce film en 2010 par manque de temps et puis comme souvent dans ces cas-là, le temps passe et le film est vite retiré de la distribution et des grandes salles.

L'époque où certains films restaient à l'affiche pendant des semaines voire des mois entiers est aujourd'hui révolue. Les temps sont à la consommation, Et les films comme les camemberts, vite faits, vite vus et vite à la trappe!

Alors, il faut attendre la sortie en DVD 6 mois après. Et là encore, je l'ai raté. Récemment, le film est passé à la télé. Cette fois-ci, je suis resté vissé dans mon fauteuil bien disposé à n'en perdre aucune miette. Et je n'ai pas été déçu.

Le pitch


Dans une société futuriste post catastrophe nucléaire, un homme arpente les routes chaotiques et dangereuses de notre chère planète devenue désertique, sauvage et livrée à la loi de la jungle.

Eli, le héros du film donc, est un homme, luttant pour sa survie dans un monde complètement hostile et qui poursuit son chemin vers l'ouest, terme de son voyage. Sur une Terre devenue invivable où la nourriture est devenue denrée rare, Eli se débrouille finalement pas mal en usant quelquefois de la violence pour se faire respecter ou défendre les faibles soumis plus que jamais à la loi du plus fort.

Sur la route de l'ouest des états-Unis, il fait une halte dans une petite ville sous le joug d'un homme, Carnégie, régnant en maitre et imposant sa loi sur toutes les âmes de son village. Carnégie est à la recherche d'un livre disparu et introuvable qui pourra lui garantir le pouvoir absolu.

Cela tombe bien, chaque soir, Eli parcourt quelques pages du livre en question mais ce dernier n'est pas prêt du tout de le lâcher à Carnegie, quel que soit le prix fixé par le tyran de la petite ville d'ailleurs. Mais Carnegie arrivera finalement à s'emparer du précieux bouquin non sans avoir blessé sérieusement Eli. Quel est le secret de ce livre ? Quel est le dessein d'Eli ? Seules les dernières scènes du film permettront au spectateur de découvrir l'incroyable vérité.

Les acteurs et la réalisation


Rôle taillé sur mesure pour un Denzel Washington au sommet de sa forme, Eli, sorte de messager et de prophète envoyé par le ciel, est bien évidemment le personnage central de ce film d'anticipation.

Denzel Washington incarne un héros dur, au caractère bien trempé et marqué par la vie . Sa prestation d'Eli est originale, forte et particulièrement convaincante. A ses cotés, un Gary Oldman, également au sommet de son art. Habitué à jouer les rôles de méchants, Gary Oldman incarne dans ce film un tyran des temps futuristes, maitre d'une ville complètement sous son joug et à la recherche du Graal qui va lui permettre de dominer le monde.

Tour à tour cynique, sadique et lâche, l'infâme Gary signe là l'une de ses plus horribles compositions – c'est ce qu'on lui demande d'ailleurs- dans la lignée de tous ses meilleurs rôles de crapules. Restent les interprétations féminines également particulièrement réussies de Mila Kunis en Solara et de Jennifer Beals en Claudia, compagne de Carnegie qui apportent leur touche d'humanité dans un monde devenu complètement cinglé.

Signalons enfin la participation et le petit rôle de l'immense acteur anglais, Malcom Mac Dowell, qui restera à jamais le brillant et cultissime héros du chef d'œuvre de Stanley Kubrick, Orange Mécanique.

Mon avis


En tant que très grand amateur de films d'anticipation, je trouve ce film particulièrement bien réussi. Ce long métrage est en premier lieu parfaitement bien servi par une histoire plutôt bonne et un scénario bien construit.

Ce thème de SF d'une société futuriste dans un monde complètement détruit et inhospitalier est bien sur un thème classique abordé à maintes reprises en SF dans les livres, les nouvelles et les films.

On se rappelle presque immanquablement de la série des Mad Max avec Mel Gibson alors à ses débuts, dans les années 80. Dans un monde livré à la pénurie de carburant, tous les moyens sont bons pour se procurer de l'or noir qui prend dans cette histoire véritablement tout son sens précieux.

Ici, c'est la quête du fameux livre . On retrouve dans ce film des accents et des tonalités du chef d'oeuvre de SF australien des années 80 notamment dans le comportement des personnages secondaires du film (ces hordes de vauriens pillant, violant et tuant sans scrupules) et dans le comportement débrouillard et sans états d'âmes parfois du héros Eli.

Mais ce film fait aussi penser aux anciens westerns des années 50 et 60. Notamment ces bons vieux films de cow-boys où le Gary Cooper ou le Kirk Douglas de service arrive dans une ville sous domination d'un maitre au pouvoir absolu. Dans les westerns, le héros arrive toujours à faire tomber le tyran de son pied d'estal en retournant l'ensemble de la population contre lui. Dans «le livre d'Eli», le même scénario se produit à la fin.

Mais ce qui est vraiment différent dans ce film, c'est cette dimension spirituelle supplémentaire qui apporte au film son originalité. Sans dévoiler le dénouement du film, la fin complètement inattendue et surprenante -chose complétement folle- pousse à revoir le film une fois que l'on en connait le dénouement. Juste pour apprécier le comportement du héros et chacune des images et de ses réactions, à la lumière des secrets enfin révélés. Peu de films arrivent à provoquer ce désir de rediffusion en dehors bien sur de la qualité de l'histoire, des effets spéciaux ou de la prestation des acteurs.

Ma conclusion


C'est donc un film à conseiller pour les amateurs du genre ou pas. Malgré quelques scènes de violence, ce film est accessible au plus grand nombre.

J'ai bien aimé l'atmosphère de planète complètement à genoux et à la limite du vivable parfaitement bien restituée par les metteurs en scène du film, les illustres inconnus, en ce qui me concerne, frères Hugues.

Film à important budget, 80 000 millions d'euros, mais c'est de plus en plus le cas dans les productions hollywoodiennes, l'argent semble bien utilisé, notamment dans la reconstitution d'un monde chaotique.

Les messages passés dans ce film sont importants. Et les paradoxes et les contre-pieds sont finalement assez nombreux également.

Le premier fait sans doute référence aux derniers mots du Christ sur la croix «Eli, Eli, pourquoi m'as-tu abandonné?». A ce propos, le mot Eli qui en hébreu signifie littéralement mon père (christ fils de dieu) est tout simplement le nom du héros du film qui, le dénouement du film le montrera, n'a pas abandonné Dieu dans ce film. Premier contre-pied.

En second lieu, on peut réfléchir sur l'utilité des religions dans la liberté des hommes et dans le fonctionnement libre et sécuritaire d'une société par exemple.
Ou de la place de la loi garantissant l'ordre et la civilisation dans notre société.
Comme si dans une société désorientée et qui a perdu toutes ses valeurs et tous ses repères, les voyants étaient devenus complètement aveugles sans la loi. Ou à l'inverse la métaphore des aveugles qui sont seuls à voir quelque chose lorsqu'ils sont guidés par la loi. Second contre-pied.

Une belle métaphore cinématographique que l'on soit croyant ou pas en tout cas. Même si le message hollywoodien manichéen, toujours animé de bonnes intentions semble assez simpliste à nos yeux. A méditer.

Tag(s) : #Cinéma

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