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Avoir le courage de ne pas renoncer

"Dire non" est le dernier livre écrit par le célèbre journaliste, ancien chef de la rédaction du Monde et nouveau patron du journal électronique Mediapart, Edwy Plenel.


On ne présente plus Edwy Plenel. Journaliste d'opinion (de gauche, il ne s'en cache pas) qui depuis plus de 3 décennies a eu un parcours sans fautes qui l'a mené à la création de Mediapart. Journal indépendant, Mediapart souhaite développer le journalisme d'investigation, sorte de troisième pouvoir à l'instar des médias américains. Depuis quelques années, Edwy Plenel s'est érigé en défenseur de la morale en politique et s'est dressé contre toutes les pratiques de corruption, d'abus de pouvoir ou de fraudes fiscales non orthodoxes de nos politiques en révélant des affaires et des scandales ayant impliqué parmi les plus importants de nos grands hommes politiques. Tout le monde se souvient en effet de l'affaire Clearstream ou plus récemment des affaires Cahuzac, Bétancourt ou des écoutes du Président Sarkozy.

Quand Edwy Plenel tire la sonnette d'alarme...


Dans son dernier livre, Edwy Plenel lance un cri d'alarme sur la situation actuelle de notre système politique dans une société qui, à l'instar du Titanic, est entrain de prendre l'eau de toutes parts. En faisant un constat réaliste et implacable des dérives du système, Edwy Plenel arrive à la conclusion pessimiste que si rien ne change, le pays ira inéluctablement dans le mur. Les affaires impliquant les plus hautes personnalités politiques de notre pays parmi lesquelles on trouve quand même un ancien Président de la république, le responsable du plus grand parti politique français du moment et un ancien premier ministre, se succèdent à une vitesse inquiétante en provoquant inexorablement le sentiment du «tous pourris» dans l'opinion publique. Désintérêt de la chose politique ou bien vote protestataire s'amplifient de scrutin en scrutin. Et comment ne pas faire de corrélation entre ces affaires et la montée d'un parti FN ouvertement xénophobe, nationaliste et anti-libéral qui semble inexorable, ses idées contaminant progressivement les esprits les plus faibles de nos compatriotes.


La dérive droitière d'un pays

Dire non, c'est d'abord selon lui, dénoncer la dérive droitière que connait notre pays actuellement. Droit dans ses bottes et fidèle à lui-même, le Front National continue à prospérer sur le lit du chômage et de la montée de la paupérisation d'une société qui n'arrive pas à se sortir de ce que que d'aucuns appellent les Trente Miteuses en opposition aux Trente Glorieuses que connut notre pays après la seconde guerre mondiale.

La France, engluée dans la crise depuis des décennies, la désespérance des masses les plus populaires cristallise aujourd'hui dans l'abstention et le vote extrême. Plus que la progression d'un parti extrémiste, Edwy Plenel s'inquiète de l'impact de ses idées contraires aux valeurs de la République sur une population qui "confond révolte et détestation".

Si la révolte est bien évidemment légitime, la réaction qui consiste à trouver des boucs émissaires et à les détester est bien sûr tout à fait inadaptée et intolérable. Et depuis la rentrée, une multitude d’événements intolérants se sont succédé. Manifestations dramatiques aux slogans parfois inacceptables des opposants au mariage pour tous, manifestations de plusieurs milliers d'extrémistes de droite au cours desquelles des diatribes et des insultes antisémites, racistes et xénophobes ont été lancées pour la première fois depuis l'Occupation ou opposition frontale de notre nouveau premier ministre, Manuel Valls, contre Dieudonné, la France a en effet connu ces derniers mois des événements particulièrement graves.

La démission concomitante d'une grande partie de la classe politique dite de gauche est aussi déplorée par le journaliste. Plus qu'un appel à faire disparaître le FN, Plenel exhorte les personnes de bonne volonté à se révolter et à dire non à la fatalité. Il en veut ainsi particulièrement à toutes ces hautes personnalités du Parti Socialiste actuellement au gouvernement qui sous prétexte de préserver leur situation ont préféré mettre dans leurs poches leurs idées progressistes. Tout le monde aura reconnu des hommes comme Arnaud Montebourg ou Benoit Hamon bien sûr.

L'UMP qui court après le FN, le PS qui droitise sa politique en courant aussi après l'UMP, la droitisation manifeste de la vie politique française est pour lui comme un signe de renoncement aux idées de progrès et de justice sociale qui ont jadis étaient à l'origine des plus grandes avancées sociales.

Une période propice à l'émergence des pires monstres


D'après Edwy Plenel, notre époque comme d'autres avant celle-ci dans l'Histoire, est une sorte de "clair-obscur" où prolifèrent ce qu'il nomme des "monstres" engendrés par la faillite d'un système. Vieux système moribond et agonisant qui n'en finit pas d'avoir des soubresauts, le nouveau système tarde pourtant à naître et la période de transition que nous vivons est particulièrement difficile et sensible aux démagogues en tout genre. Monstres populistes et xénophobes à la recherche perpétuel de boucs émissaires, les juifs hier, les arabes hier, les Roms et les immigrés de toutes confessions et toutes les couleurs aujourd'hui. Comment en effet ne pas retrouver dans notre société de 2014 tous les symptômes de la grave maladie de la société française d'entre les deux guerres qui dériva doucement mais sûrement vers l'Apocalypse? Pour éviter un scénario similaire, Plenel préconise la lutte contre le renoncement et la dénonciation des profiteurs du système politique actuel.

Les antiennes d'Edwy


Dans ce livre, on retrouve toutes les antiennes du journaliste. Son aversion d'abord pour la cinquième République et son coup d'état permanent comme l'a si justement qualifié en son temps, François Mitterand, un système qui a connu son apogée sous l'ancienne Présidence Sarkozy avec toutes les dérives oligarchiques et de corruption que l'on connait. Et là, Edwy Plenel laisse éclater sa déception envers une Présidence Socialiste qui, comme celle de Mitterand, semble se satisfaire d'un système contre-nature si souvent combattu par le passé par ces mêmes socialistes.

Le manque d'équité d'un système d'élections au suffrage universel ensuite qui conduit à des représentations du peuple complètement aberrantes est dénoncé.

Enfin, la nécessité de basculer et vite dans une sixième République qu'il appelle de tous ses vœux qui serait dotée d'une nouvelle Constitution et d'un système d'élections garantissant une meilleure représentativité des électeurs en même temps qu'un rôle enfin utile et efficace de l'Assemblée Nationale.

Dire non, donc, c'est s'opposer à la situation actuelle afin d'enrayer la dégradation de notre société et la corruption d'un système politique à bout de souffle.

"Dire non" est aussi un bel hommage à son père


Mais "Dire non" est surtout pour l'auteur l'occasion de rendre hommage à son papa, récemment disparu. Il nous révèle en effet l'histoire méconnue de ce haut fonctionnaire des Antilles qui un beau jour de la fin des années cinquante s'est dressé contre l'ordre établi en osant donner le nom à un collège local d'un jeune collégien antillais innocent tué par les forces de l'ordre accidentellement lors d'émeutes auxquelles il ne participait même pas.

En disant non, le père d'Edwy Plenel a ainsi voulu rendre une justice bien dérisoire à la victime innocente d'une révolte sans doute légitime d'un peuple alors sous domination coloniale. Cet acte de bravoure lui a valu par la suite un arrêt brutal de sa carrière professionnelle de fonctionnaire et une mise à l'écart forcée de l'Administration, rompue seulement une vingtaine d'années plus tard par l'amnistie prononcée par le gouvernement socialiste arrivé au pouvoir en 1981, dirigé alors par François Mitterand.

Mon avis


"Dire non" est un livre que l'on ne peut que recommander à toutes les personnes qui croient encore en la politique, mais pas celle que l'on nous sert quotidiennement aujourd'hui mais plutôt la vraie politique, au sens littéral du terme, celle qui s'intéresse uniquement à la vie de la cité et à ces politiques -il y en a encore- qui s'engagent uniquement pour le bien commun et non par intérêt purement personnel.

On peut ne pas être d'accord avec les solutions proposées par Edwy Plenel pour résoudre les problèmes du système politique actuel, par contre, sur l'analyse et le constat, on ne peut qu'acquiescer. Les dernières élections municipales de la fin du mois de mars n'ont hélas fait que confirmer l'analyse d'Edwy Plenel dans son livre écrit pourtant avant le scrutin en janvier dernier avec notamment la poussée du FN et la progression qui semble irrésistible de l'abstention.

Edwy Plenel est de surcroît un écrivain doté d'une belle écriture claire et limpide, ce qui ne gâche rien. Pour tous ceux qui aiment les bonnes analyses politiques pour prendre un peu de recul, «Dire non» est à lire et à relire sans modération en ces temps de crise si difficiles pour la Démocratie française.

Tag(s) : #politique

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