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12 ans en esclavage de trop

En France, le débat sur le spectacle de Dieudonné ces dernières semaines a occupé trop longtemps à mon goût le devant de l'actualité. Inéluctablement la question de la compétition mémorielle est revenue alimenter la discussion. Y-a-t-il 2 poids et 2 mesures lorsqu'on évoque la Shoah et l'esclavage des noirs,ou -pourquoi pas- le génocide arménien? Une catastrophe peut-elle être supérieure à une autre? J'avoue que le fait même de poser cette question me paraît complètement absurde, abominable. Comme si on pouvait hiérarchiser l'horreur, l'humiliation de son prochain et la violence arbitraire.

Le film de Steve Mc Queen illustre remarquablement bien cette période sombre des États-Unis où dans certains États du sud, l'esclavage était légalisé et institutionnalisé. Enfin, un film sur cette autre catastrophe de l'Histoire de l'Humanité dont ni les USA, ni le monde occidental peuvent s'enorgueillir. Un de ces films historiques qui ne peut que faire du bien à la mémoire collective de l'Humanité et qui serait pas mal d'injecter comme un vaccin à la vue et au su de chaque petit enfant de la planète pour lui rappeler que le monde ne veut «plus jamais ça!».

Le thème du film


L'adaptation du roman autobiographique de Solomon Northup, citoyen libre des USA au milieu du dix neuvième siècle, qui se retrouve malgré lui plongé dans l'enfer de l'esclavage.

Le réalisateur et les acteurs


2 mots pour commencer sur le metteur en scène Steve Mc Queen. Outre le fait qu'il possède un nom très célèbre, celui de l'acteur homonyme, trop tôt disparu hélas, qui a bercé ma jeunesse dans la série du mythique chasseur de primes Joss Randall "Au nom de la loi" ou bien l'acteur rôle principal dans "Papillon", "Bullit", "la grande évasion" ou "l'affaire Thomas Crown", ce metteur en scène donc a déjà signé quelques longs métrages avant celui-là comme les films "Hunger", histoire de la grève de la faim de prisonniers irlandais de l'IRA dans les geôles britanniques dans les années 80 ou de "Shame", film avec Mickaël Fassbender, acteur également dans ce film, qui incarne un drogué du sexe.

Steve Mc Queen est un réalisateur britannique à la peau noire. Ce film et l'histoire (vraie) de Solomon Northup donc, plus que tout autre metteur en scène WASP d' Hollywood doit revêtir une grande importance pour lui. Aussi, s'applique-t-il dans ce film à raconter avec minutie l'histoire véridique d'un homme innocent pris au piège de l'esclavage avec une certaine gravité et finalement en restant tout à fait objectif. Faut dire que les noirs dans ce film sont victimes à 100% des blancs et restent néanmoins très dignes dans leurs souffrances.

Chiwetel Ejiofor incarne le rôle de Solomon Northup, héros malheureux de cette histoire complètement invraisemblable et pourtant bien réelle. C'est pour moi, la grande révélation du film, je ne le connaissais pas. Par son jeu sobre et sans fioritures, il incarne un personnage tout à fait réaliste meurtri par les évènements cauchemardesques qui s'enchainent. Parfois même il arrive à faire passer son émotion, sa peine et ses souffrances avec une exactitude étonnante. Bravo donc à cet acteur, promis, je pense, à une belle carrière cinématographique future.

Michaël Fassbender incarne dans ce film le rôle du méchant maitre de la plantation de coton, Edwin Epps. Il en fallait un, pourrait-on dire. Certes, mais Michaël Fassbender avec ses yeux bleus d'ange et ses cheveux bonds est le prototype même des honnêtes hommes des États du sud des USA qui se sont comportés comme des ordures pendant des années en soumettant sous leur joug de pauvres êtres humains noirs sans défense et qui sous couvert de la loi et de la religion n'avaient pas le sentiment d'être des monstres mais seulement des chefs d'exploitation agricole! Donc, un rôle parfait et pas évident au départ à jouer pour cet acteur complet qui s'en sort finalement très bien.

Lupita Nyong'O est pour moi aussi l'autre révélation de ce film. L'actrice à la peau noire incarne une jeune femme complètement sous la domination de son maitre avec réalisme et vérité. Certaines scènes de violence sur sa personne sont limites mais illustrent complètement l'ignominie du comportement des maitres des États du sud avant la guerre de sécession.

Citons enfin Brad Pitt, par ailleurs producteur de ce film, qui incarne le rôle de celui qui va par son action débloquer la situation de Solomon Northup mais je n'en dis pas plus. Petit rôle, important certes, mais trop peu significatif et surtout trop court pour mériter quoi que soit (les oscars, c'est pour bientôt, je crois...).

Bref, pour faire un bon film, il faut un bon metteur en scène et de bons acteurs, en plus d'un bon scénario, c'est effectivement le cas dans "12 years a slave".

Le film


Solomon Northup est violoniste et habite à Saratoga Springs dans l'état de NY avec sa petite famille, sa femme et ses 2 enfants. Homme libre et bien intégré, il vit une vie de petit bourgeois bien tranquille lorsque le film commence. Trompé par 2 hommes blancs qui lui font miroiter un bon job avec un bon salaire à la clé, Solomon, saoul et drogué à son insu par les 2 malfaiteurs , se retrouve bientôt vendu comme esclave à un négrier. Il atterrit finalement dans une première plantation de cannes à sucre en Louisiane sous la domination d'un maitre, humain mais fragile financièrement. Très vite, Solomon se distingue parmi les autres esclaves par son intelligence, son instruction et ses qualités. Pris en grippe par le surveillant des esclaves qu'il a le mauvais réflexe de frapper, il ne doit sa survie que par l'intervention de son maitre. Pour le sauver, il décide de le revendre -ça l'arrange aussi financièrement, faut pas croire- à un autre patron de plantation, de coton celle-là. C'est ici que Solomon va passer l'essentiel de son calvaire, entre coups de fouets et travail de titan dans les champs .

Edwin Epps est un homme violent, autoritaire qui a mis sous sa domination, une jeune et jolie esclave noire dont il est tombé amoureux. Véritable putain du maitre, elle s'attire -fallait s'y atteindre- les foudres de la jalousie de l'épouse d'Edwin. Déjà esclave, la jeune femme va devenir malgré elle l'ennemi jurée de la patronne et devra subir à la fois les vexations et les privations de l'épouse mais également les outrages et les violences quasi quotidiennes du mari. Solomon fera toutefois de son mieux pour soutenir sa jeune amie mais avec des moyens extrêmement limités. Finalement, l'arrivée d'un charpentier (Brad Pitt) va permettre à Solomon de retrouver l'espoir de sortir de cet enfer et de retrouver enfin sa famille et ... la liberté.

Mon avis


La mise en scène de Steve Mc Queen dans "12 years a slave" est hyper réaliste. Elle est également sans complaisance et tout sauf émotionnelle. Il décrit le mécanisme de l'esclavage avec une objectivité qui fait honneur à sa personne et à son peuple. Dans ce film, pas de sensiblerie même si certaines scènes et certains comportements de certaines personnes sont tout simplement insoutenables et injustifiables.

Steve Mc Queen décrit en détails dans ce film le système de l'esclavage dans le sud des Etats-Unis avant la guerre de sécession. En restant factuel, il nous montre toute l'abomination d'un système tout à fait légal qui part comme postulat que par naissance, certains hommes sont supérieurs aux autres. Pire, il y aurait des races dominantes et d'autres dominées par essence, par la volonté de la nature ou pire par la volonté céleste!
Dès lors, d'après ce postulat, les hommes peuvent servir d'esclaves à d'autres hommes et perdre ainsi toute dignité, tout droit élémentaire d'un être humain sans aucun problème. Au même titre que des animaux ou des biens plus ou moins précieux, les esclaves sont la propriété des maitres tout puissants des plantations qui ont droit de vie ou de mort bien sûr sur eux comme sur n'importe laquelle de leurs propriétés, fussent-ils esclaves. Ce qui nous semble abject et inacceptable, à nous hommes de 2014, était tout à fait permis et normal, il n'y a pas si longtemps dans un pays qui depuis se veut un modèle de droits de l'homme et de luttes contre les inégalités et les discriminations. Cela il ne faut pas l'oublier.

Le film comporte quelques scènes d'une violence extrême. Il est bon de le souligner pour les personnes qui souhaiteraient amener leurs enfants voir ce film. Je suis assez partagé sur ce point car il est effectivement très bien de montrer aux enfants l'horreur et l'ignominie de l'esclavage. Par contre, je ne suis pas sûr qu'il faille leur montrer certaines scènes d'une rare violence comme certains lynchages d'esclaves, plus vrais que nature, ou bien cette scène de punition par le fouet où la peau du dos de la jeune esclave noire est lacérée à vif avec des gros plans sur ses chairs sanguinolentes .

Pour terminer, ce film qui retrace la singulière destinée d'un homme libre se retrouvant plongé dans l'enfer de l'esclavage, montre toute la fragilité de la condition humaine, des états et des lois. Homme libre ici, sous-homme à quelques centaine de kilomètres au sud, dans le même pays. Il montre aussi mais d'une manière un peu moins voyante, le rôle économique de l'esclavage. Pour s'enrichir et faire juter leur affaire, les grands maitres des plantations du sud des USA avait besoin de cette main d'œuvre taillable et corvéable à merci, gratuite et très productive. On peut se demander si sans l'invention des grandes machines agricoles, l'esclavage aurait totalement disparu de la planète. A méditer.

Tag(s) : #Cinéma

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